ET SI ON PARLE « 1.5 » AU LIEU DU « 2.0 »

Je viens de lire un billet intéressant  sur le blog de Tom Davenport. Ce billet, qui présente ce que l’on peut nommer le  1.5  ou  le mi-chemin entre le 1.0 et le 2.0, explique comment ce mi-chemin peut être supérieur au mythe du 2.0.

Bien que Prof. T. Davenport est connu pour ses positions assez conservatrices concernant le Knowledge Management, voire réductrices du Web 2.0,  j’aime bien le concept du « 1.5 », que je trouve riche en bon sens.

Le mot clé du 1.5 est « l’augmentation » ou « l’amélioration continue » et non pas la « transformation » comme le prétend tout concept portant l’étiquette 2.0. Les exemples avancés par Davenport sont d’ailleurs très représentatifs de cette réalité du juste milieu nécessaire entre le 1.0 et le 2.0 au sens large…

L’auteur évoque en particulier le domaine de la « santé 2.0 » définit comme étant l’usage des technologies Web 2.0 au sein d’une communauté d’individus (essentiellement des communautés de « patients », mais non seulement) pour partager des informations sur des maladies, des traitements, des bonnes pratiques de soins… et tout simplement pour partager leurs expériences.

De tels sites constituent certainement une importante source d’information, mais cette dernière peut s’avérer dangereuse si on en fait un mauvais usage, en particulier vis à vis de l’information scientifique et médicale venant des praticiens et des sites/sources de référence. Le 1.5 prend alors tout son sens dans la mesure où les informations que l’on retrouve sur un site communautaire peuvent orienter un patient ou aussi l’influencer, l’alerter et le soutenir … Ces informations ne doivent et ne peuvent en aucun cas remplacer la consultation d’un spécialiste et son suivi régulier.

Le deuxième exemple est celui du « journalisme 2.0″. De toute évidence, c’est le domaine où  les internautes contribuent le plus (les exemples sont nombreux : WikioDigg, ou AgoraVox.).  Mais de la même façon il est nécessaire d’attirer l’attention au fait que cette information, n’a pas la même valeur que celle publiée sur un média s’appuyant sur des journalistes professionnels, des processus de validation de l’information, et des instances éditoriales. Cette information est donc complémentaire à l’information classique. Et encore une fois le contenu généré par les internautes enrichie (notion de » l’augmentation ») l’information purement journalistique.

Faisons l’exercice pour  l’entreprise 2.0 !

Les services web 2.0 ont-ils envahi l’intranet et complètement remplacé les sites institutionnels ? Un salarié prend t- il librement la parole pour s’exprimer sur un sujet donné ? Se sent-il légitime à le faire à tout moment dans n’importe quel contexte ? Contribue-t-il naturellement et facilement ? Qu’observe t-on dans l’entreprise à propos de tout cela ?:

Il est vrai que les services 2.0 deviennent de plus en plus une composante à part entière des intranets, mais ces derniers conservent toujours leur partie institutionnelle. Celle-ci dicte une « stratégie », donne un « ton », et/ou diffuse une  vision générale de l’entreprise. Ceux qui ont compris le 2.0 l’intègrent intelligemment dans le spectre de l’intranet 1.0, pour que les collaborateurs alimentent celui-ci, via des blogs, des wikis, des réseaux et des flux, en idées, initiatives et propositions, tout en respectant des règles d’usage bien précises…

Le même schéma est adopté sur les sites web (corporate) des entreprises, par exemple en ouvrant un canal d’échange participatif avec les clients sans pour autant déstabiliser la communication institutionnelle (voir l’exemple de l’opération Opinion & Debat de SNCF). Mêmes ces canaux 2.0 sont (très) structurés et réglementés, s’appuient sur des outils de modération, des comités éditoriaux et des processus d’échange avec le client, avec des workflow de validation internes !

Par ailleurs et plus généralement, les expériences (aujourd’hui nombreuses) des outils 2.0 en entreprise montrent qu’un blog, un Wiki, ou un réseau social professionnel s’appuie assez souvent sur une charte négociée, des mécanismes de modération, ainsi que des dispositifs et ressources d’animation.

Pour ce qui est du niveau de participation d’un collaborateur sur un média 2.0 au sein de l’entreprise, je pense que cela se fait plus naturellement et plus facilement qu’avec des outils plus structurés où les possibilités de participation sont fonctionnellement très limitées (groupwares, email, intranet 1.0).  Cependant, il est vrai que des efforts d’animation et d’accompagnement son toujours requis pour la réussite de l’usage de tels médias 2.0.

Enfin concernant le contexte d’expression : il est naturellement plus facile pour un collaborateur de s’exprimer sur les sujets qu’il maitrise. Ce dernier fait  toujours« attention » à ce qu’il écrit sur l’intranet… Ce qui peut freiner (mécaniquement) sa participation.

En résumé, les outils 2.0 complètent le dispositif existant pour leur facilité d’utilisation, leur apport en fonctionnalités d’échange et de participation et les nouveaux usages qu’ils rendent possible. Cependant, la réalité montre que  l’entreprise est encore et toujours entre le 1.0 et le 2.0 et qu’elle a besoin de ces deux aspects pour fonctionner et progresser. Le vrai challenge pour toute entreprise est de réussir l’intégration du 2.0 avec le 1.0 dans un tout homogène, participatif et institutionnel.

23
juil 2009
AUTEUR
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